lundi 26 janvier 2026

 

Pourquoi la porte de la

basilique de la Nativité est-elle

si petite ?




À Bethléem, la basilique de la Nativité surprend par l’exiguïté de sa porte d’entrée. Cette ouverture volontairement basse, héritée du Moyen Âge, oblige chaque visiteur à se courber avant d’accéder au lieu où la tradition situe la naissance du Christ. Un geste à la fois défensif et profondément symbolique, devenu au fil des siècles un appel à l’humilité.

Et toi, Bethléem Ephrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël. "C'est l'un des plus hauts lieux de la chrétienté, où viennent en pèlerinage des chrétiens du monde entier et de toutes confessions pour s'y prosterner. Bethléem, où le Christ est né, est sans doute l'une des villes les plus connues de Terre sainte. "Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David", décrit ainsi saint Luc (Lc 2, 1-4).

L'empereur Constantin 1er sa mère Hélène firent construire sur l'emplacement traditionnel de la naissance de Jésus la première basilique. Celle-ci fut presque entièrement reconstruite sous Justinien Ier, entre 526 et 529. Bien que son architecture initiale subsista à travers les âges, la basilique connut plusieurs modifications. Par exemple, alors qu'elle comportait trois entrées monumentales et richement décorées au VIIe siècle, seule une porte subsiste aujourd'hui. Une porte... Particulièrement petite. Pour entrer dans la basilique, il est en effet nécessaire de courber le dos. Cette configuration ne doit rien au hasard.

Porte de l'humilité

S'il n'existe pas de date précise, les historiens s'accordent à dire que la porte actuelle n’existait pas dans sa forme réduite avant le XIe siècle. Elle aurait été aménagée ainsi au cours du XIIe siècle, après l’établissement stable des Croisés à Bethléem. La raison en est à la fois pratique et symbolique. La basilique étant un lieu particulièrement convoité, la porte basse obligeait toute personne entrant dans l’église à se pencher ou s’incliner, ce qui empêchait les chevaux ou les soldats lourdement armés de pénétrer facilement dans le lieu sacré. La tradition veut aussi que se pencher pour franchir cette porte soit un acte d’humilité et de respect devant le lieu de la naissance du Christ. "On ne peut pas suivre le Roi des rois sans entrer dans cette démarche d'humilité, celle de s'abaisser et de rentré courbé, sans épée", explique une religieuse du monastère melkite de Bethléem. Chaque fidèle, en se penchant, rappelle que l’entrée dans ce lieu sacré se fait avec la plus grande dévotion, mettant de côté l’orgueil et les préoccupations du monde extérieur. Ainsi, la "Porte de l’Humilité" ne protège pas seulement le sanctuaire physiquement, elle invite aussi chaque visiteur à une posture intérieure de recueillement et d’adoration, transformant un simple geste physique en symbole spirituel.




aleteia

vendredi 23 janvier 2026

Le père Colin, fondateur des Maristes et éducateur hors pair

 



Le père Colin, fondateur des

Maristes et éducateur hors pair

Père Jean-Claude Colin, fondateur des Maristes.

L’année 2025 marque les 150 ans de la mort du père Jean-Claude Colin (1790- 1875), fondateur des Maristes. Dans une France déchirée par la Révolution, il se consacra à la transmission des connaissances profanes et religieuses dans les écoles et les séminaires. Il a également organisé l’envoi de quinze prêtres et frères en mission dans le Pacifique Sud-Ouest.

Àpartir de 1828, le père Colin est directeur d’une école de 200 étudiants à Belley, entre Lyon et Chambéry. Sans expérience dans ce domaine, il se dévoue avec zèle à "la tâche sublime et céleste d’éduquer une personne à la manière chrétienne". Pour lui, l’éducation est "comme une seconde création", on ne trouve "rien de plus élevé".

Un éducateur doit montrer l’exemple pour former les caractères, les cœurs et les vertus, en étant lui aussi régulièrement formé. La qualité de vie et de relation compte autant que la qualité de l’enseignement. Quand il écrit aux professeurs de son école, il leur exprime sa solidarité en utilisant le pronom "nous". Certains le traitent de fou…

Profondément modeste, il n’a pas d’ambition personnelle ni d’intérêt propre. C’est sans enthousiasme qu’il accepte en 1836 l’appel de ses confrères à prendre la responsabilité de la Société de Marie nouvellement créée. Il répond à la sécularisation de son temps par une conduite de telle sorte que les Maristes "apparaissent inconnus et comme cachés dans le monde", à l’image de Marie à Nazareth.

Tendre la main

Pour le père Jean-Claude Colin, l’autorité du professeur est nécessaire pour faire face aux différents clans d’étudiants et à l’insurrection au collège-séminaire en 1830 suite à la Révolution de juillet. Cependant, pour le père Colin, l’autorité doit être gagnée par le respect, plutôt qu’inspirée par la peur. La discipline, spécialement les récompenses et les punitions, doit prendre en compte la mentalité de l’élève et exclut les châtiments corporels de son temps. 

Les éducateurs de l’école du père Jean-Claude Colin sont appelés à être « des instruments de la miséricorde divine.

Le père Jean-Claude Colin est déterminé à contrecarrer le rigorisme d’une partie du clergé de l’époque dans l’enseignement moral. Il accueille les jeunes à l’endroit où ils se trouvent dans leur chemin de foi, et leur parle avec simplicité et détachement sans imposer son point de vue. Il insiste sur le fait que les missionnaires sont sujets aux mêmes faiblesses que leurs auditeurs et qu’en conséquence "ils savent jusqu’où peut aller la fragilité humaine". Les éducateurs de l’école du père Jean-Claude Colin sont appelés à être "des instruments de la miséricorde divine", car les Maristes portent le souci du monde, particulièrement de ceux perdus ou loin de Dieu. Le messager s’efface devant le message.

Transmettre dans une époque pleine de troubles et de défis

Né un an après la prise de la Bastille dans un petit village du Beaujolais entre Roanne et Lyon, Jean-Claude Colin perd à l’âge de cinq ans ses deux parents suite aux privations endurées du fait de leur soutien à un curé réfractaire. Il se souvient de messes clandestines et de prêtres fugitifs dans son enfance. La jeunesse de son temps est désorientée, la morale mise à mal, la vie sociale anarchique et l’Église divisée. Dans ce contexte, la Société de Marie se donne pour mission de recommencer une Église nouvelle et fonde un enseignement novateur. Ses intuitions demeurent actuelles.

Le père Colin répète une parole attribuée à Marie : "J’ai été le soutien de l’Église naissante, je le serai jusqu’à la fin des temps". Quand il donne sa démission de Supérieur Général de la Société de Marie en 1854, il a établi des bases solides et a créé ou relancé six écoles. 

Aujourd’hui la dizaine d’établissements scolaires français placés sous la tutelle des Pères Maristes, et ceux à l’étranger, conservent des traits typiques d’éducation mariste : une gaieté saine et une attention à chaque individu. Les professeurs y dispensent un enseignement approfondi, avec douceur, sans juger, tout en gardant une relation verticale avec les élèves.



aleteia

jeudi 22 janvier 2026

Abus spirituels : la réponse silencieuse de Jean-Baptiste

 




Abus spirituels : la réponse

silencieuse de Jean-Baptiste




                                                   Le baptême du Christ par saint Jean le Baptiste.

Dans une Église blessée par les abus, la figure de Jean-Baptiste apparaît comme un remède, remarque le père Clément Barré, prêtre du diocèse de Bordeaux. Le Précurseur s’efface devant la rencontre avec Dieu : le ministère du prêtre ne se purifie pas par le contrôle, mais par la chasteté.

Le temps de l’Avent met en scène une belle figure, mais le tableau est rude : Jean le Baptiste est en prison. Le prophète de feu est réduit au silence, marginalisé, rendu inutile au déroulement visible de l’histoire du salut. Depuis sa cellule, il envoie ses disciples demander à Jésus s’il est bien le Messie. Et Jésus répond — sans le libérer, sans même lui adresser un signe personnel. Il reprend les annonces d’Isaïe : les aveugles voient, les boiteux marchent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Mais un signe manque : la libération des prisonniers. Cette omission est décisive. Elle signifie que Jean, pourtant "le plus grand parmi les enfants des hommes", ne bénéficiera pas du salut qu’il a annoncé. Le Précurseur disparaît au moment même où l’Époux entre en scène. Non par échec, mais par fidélité à sa juste place. Son chemin dans le Royaume passera par l’injustice, le silence et la mort.

L’ami de l’Époux

Cette figure de Jean ne nous est pas donnée comme un simple portrait spirituel, encore moins comme un cas isolé dans l’histoire du salut. Elle touche au cœur même de la logique du ministère. Car ce que Jean traverse, dans l’obscurité et le dépouillement, éclaire aussi la condition de ceux qui, après lui, seront appelés à préparer la venue du Christ dans la vie des autres. C’est en ce sens que sa figure nous concerne directement, nous prêtres. Jean se définit comme "l’ami de l’Époux". Cette image n’est ni décorative ni secondaire : elle engage une véritable ascèse du ministère. 

L’ami de l’Époux sert la joie des noces. Il prépare la rencontre, il accompagne, il peut même, par délégation, représenter l’Époux. Mais il consent à rester dehors. Il ne possède ni l’épouse ni la relation. Il n’entre pas dans ce qui ne lui appartient pas.

La chasteté sacerdotale

C’est ici que la chasteté sacerdotale doit être comprise avec justesse. Elle ne se réduit ni à une discipline affective ni à une norme morale. Elle est une attitude théologale : le refus de s’approprier le mystère de l’autre, et en particulier sa rencontre avec Dieu. Être chaste, pour un prêtre, c’est accepter que le lieu le plus intime de la vie spirituelle d’une personne échappe à toute prise, à toute dépendance, à toute captation.

Les abus spirituels que l’Église a à affronter ne naissent pas toujours de transgressions brutales. Ils prennent souvent racine dans une confusion plus insidieuse : lorsque le ministre s’installe au cœur de la relation entre Dieu et la personne. Lorsque l’accompagnement devient contrôle, lorsque la proximité devient emprise, lorsque la médiation se transforme en dépendance. Là où la chasteté fait défaut, le prêtre cesse d’être témoin pour devenir passage obligé. Il supporte mal que la grâce circule sans lui. Il occupe un espace intérieur qui ne lui appartient pas. Ce n’est pas seulement une faute morale ; c’est une atteinte à la structure même du ministère presbytéral.

Configuré au Christ

Jean accepte précisément l’inverse. Il accepte que ses disciples quittent son cercle pour suivre un autre. Il accepte de ne pas comprendre pleinement ce que Dieu est en train de faire. Il accepte même que l’accomplissement messianique ne réponde pas à sa propre situation. Il est sauvé, mais non justifié aux yeux du monde. Sa fidélité se joue dans le consentement à n’être pas au centre. Cette dépossession n’est pas seulement pastorale. Elle est pascale. Jean n’est pas simplement mis à l’écart : il est configuré, jusque dans le don de sa vie, au Christ qu’il annonce. Son ministère s’achève dans une mort injuste et silencieuse, comme une première esquisse de la Croix. Le Précurseur devient ainsi le premier à être conformé au Christ non seulement par la parole, mais par l’offrande de soi.

C’est là que se joue, pour nous prêtres, la vérité ultime du ministère. Non dans la maîtrise, ni dans la fécondité visible, ni dans la reconnaissance, mais dans une communion réelle au mystère de la Croix. Servir le Christ, c’est accepter que notre vie soit donnée, parfois sans fruits apparents, parfois sans consolation, parfois sans autre justification que la fidélité. Dans une Église blessée par les abus, la figure de Jean rappelle une vérité inconfortable et pourtant libératrice : le ministère ne se purifie pas par le contrôle, mais par la chasteté. Non par la distance froide, mais par le respect du mystère. Le prêtre n’est pas l’Époux. Il est, au mieux, un ami — assez libre pour rester dehors, et assez confiant pour s’en réjouir.




aleteia

À l’occasion de la venue de Léon XIV

  Crédit : Lilian Cazabet / Hans Lucas via AFP À l’occasion de la venue de Léon XIV à Lourdes fin septembre, l’intégralité des mosaïques de ...