jeudi 6 août 2026

Museum Altes Zeughaus Des armes de Soleure pour Hollywood?



                    Production d’affûts à la Waffenfabrik Solothurn, vers 1930.                                                  Museum Altes Zeughaus


Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la société Waffenfabrik Solothurn AG, en plus d’être inscrite sur la liste noire des Alliés, se retrouva engagée dans une longue procédure de liquidation. Qu’allait-il advenir de son stock d’armes? Contre toute attente, une offre alléchante venue d’Hollywood se présenta en 1951.

En 1951, la société Waffenfabrik Solothurn AG n’existait guère plus que sur le papier, en tant que société anonyme. Après une longue procédure de liquidation lancée en 1946, le site de l’usine situé à Zuchwil, dans le canton de Soleure, avait été vendu en 1950 à la société Gebrüder Sulzer AG, établie à Winterthour, et transformé en usine de métiers à tisser. À quelques exceptions près, l’ensemble du personnel de la fabrique d’armes avait été licencié, les paquets d’actions ne trouvaient pas preneur, et la société était toujours en possession d’une quantité importante d’armes et de munitions. Que faire de tout ce stock?

Pour mieux comprendre le marasme dans lequel la société Waffenfabrik Solothurn AG était plongée en 1951, revenons brièvement sur son histoire.

L’histoire de la société Waffen­fa­brik Solothurn AG

Tout commença au printemps 1929, année de la création de la société Waffenfabrik Solothurn AG, filiale de l’entreprise allemande Rheinische Metalwaaren- und Maschinenfabrik Actiengesellschaft, Rheinmetall AG. Pendant la Première Guerre mondiale, Rheinmetall AG, implantée à Düsseldorf, Sömmerda et Berlin-Tegel, s’était imposée comme l’une des plus grandes entreprises d’armement de l’Empire allemand. Après le conflit, le traité de Versailles signé le 28 juin 1919 avait imposé d’importantes restrictions à l’Allemagne. Son armée s’était vue massivement réduite et son industrie d’armement quasiment interdite. La conception et la fabrication d’armes étant devenues presque impossible en Allemagne, l’industrie se mit en quête, avec l’appui des forces armées encore présentes, de solutions lui permettant de rester dans la course internationale à l’armement. Pour contourner les restrictions imposées par le traité de Versailles, les entreprises d’armement allemandes investirent dans des sociétés et usines établies dans des pays neutres ou alliés, ou y créèrent de nouvelles succursales. L’Allemagne entendait poursuivre sa production d’armes dans l’ombre du traité de Versailles, en développant un «réarmement clandestin».

Rheinmetall AG fonda ainsi à Zuchwil, dans le canton de Soleure, une fabrique d’armes dans laquelle ses armes d’infanterie pouvaient être fabriquées, testées et industrialisées. Le choix de l’entreprise allemande s’était porté sur le site de Zuchwil grâce à l’intervention d’Hermann Obrecht, conseiller national libéral-radical soleurois et futur membre du Conseil fédéral, et de Fritz Mandl, industriel autrichien de l’armement. Une nouvelle fabrique d’armes vit ainsi le jour dans les ateliers de l’ancienne entreprise Patronenfabrik Solothurn AG, dans laquelle Obrecht et Mandl jouaient déjà un rôle actif.

Les débuts de la Waffenfabrik Solothurn furent marqués par une activité florissante et l’afflux de commandes lucratives. Cette période prit fin brutalement en 1933, lors de l’arrivée au pouvoir du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), dirigé par Adolf Hitler. Ignorant les restrictions imposées par le traité de Versailles, ce dernier s’engagea ouvertement dans une politique de réarmement de l’Allemagne. Tout «réarmement clandestin» devenant inutile, le site délocalisé de Rheinmetall AG à Soleure perdit peu à peu de son importance pour l’entreprise allemande.

Pour contrer cette tendance, la Waffenfabrik Solothurn se lança dès 1934/35 dans la conception et la fabrication d’un nouveau produit: l’«arquebuse antichar», une arme d’infanterie lourde de calibre 20 mm destinée à combattre les blindés. Cette arquebuse antichars S18-100 et ses versions ultérieures devaient permettre à l’entreprise de Soleure de retrouver une place sur le marché international de l’armement. Jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939, les commandes restèrent toutefois en deçà des attentes, et l’usine dut être maintenue à flot par Rheinmetall.

En dépit d’un regain de commandes à partir de 1940, la situation de l’entreprise resta menacée par l’intensification du conflit. Les Pays-Bas commandèrent ainsi plus de 700 arquebuses fabriquées à Soleure, mais le contrat fut suspendu à la suite de l’occupation allemande du pays à l’été 1940. La plus grosse commande fut passée en 1941 par l’Italie fasciste: la livraison de 2000 arquebuses antichars et de leurs affûts devait assurer à l’entreprise soleuroise du travail et des revenus pendant plusieurs années. Mais ce contrat fut également résilié après la chute du dictateur italien Benito Mussolini en 1943, laissant l’entreprise avec un stock d’armes invendu et de lourdes dettes. Jusqu’à la fin de la guerre, la situation se dégrada au point qu’à partir de 1944, pratiquement aucune arme ne fut plus produite à Soleure. L’entreprise tenta de se maintenir à flot en se lançant dans la production de machines-outils. Une nouvelle fois sans succès.

En tant que filiale de Rheinmetall AG, Waffenfabrik Solothurn AG se retrouva inscrite sur la liste noire des Alliés. Des entreprises établies en Suisse, en Suède, au Portugal et dans d’autres pays, étroitement liées économiquement et commercialement avec l’Allemagne nazie, étaient répertoriées sur ces listes et placées sous embargo. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Accord de Washington fut conclu le 25 mai 1946 entre les autorités suisses et les puissances alliées occidentales, à savoir les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. Ce traité international fixait la contribution financière de la Suisse à la reconstruction de l’Europe ainsi que les modalités d’enregistrement et de liquidation des avoirs allemands en Suisse. Conformément à cet accord, la dissolution de la Waffenfabrik Solothurn AG fut décidée ultérieurement. L’Office suisse de compensation, établi à Zurich, se vit chargé de procéder à la liquidation. À partir de 1946, toutes les affaires commerciales et financières de l’entreprise soleuroise durent être examinées et approuvées par cet office de compensation pendant la procédure de liquidation. La mise en vente des paquets d’actions n’aboutit pas, mais le site de l’usine trouva preneur en 1950, comme indiqué plus haut.

Que faire des armes?

Dans le cadre de la procédure de liquidation, on tenta également d’écouler les arquebuses antichars fabriquées pendant la guerre et restées invendues. Problème: ces armes, qui n’avaient pas suivi l’évolution rapide des véhicules blindés entre 1939 et 1945, étaient déjà obsolètes durant ce conflit. En 1948, la Waffenfabrik Solothurn tenta de se défaire de ses stocks d’arquebuses antichars en concluant un contrat de livraison d’armes avec l’Éthiopie. Le marché fut toutefois refusé par les autorités fédérales.

En 1951, la question sembla soudain se résoudre d’elle-même. Un Américain du nom de Leo Lippe se présenta à la direction de la société anonyme soleuroise, désormais en effectif réduit. Mister Lippe, un cinéaste tout droit venu de Hollywood, était à la recherche d’armes datant de la guerre. Pour le tournage de films de guerre dorénavant produits à Hollywood, d’importantes quantités d’accessoires, mais aussi d’armes, étaient nécessaires.

Au grand étonnement des responsables de Soleure, Lippe était prêt à racheter tout le stock d’arquebuses antichars, soit quelque 450 pièces au total, pour près de 2,5 millions de francs suisses de l’époque. La question financière n’était de toute évidence pas un problème. L’affaire fut conclue d’une poignée de main, le montant versé, et les armes emballées dans des caisses de transport puis étiquetées pour être expédiées à New York. On chargea les caisses dans des wagons à la gare de marchandises de Soleure, et la demande d’autorisation d’exportation fut déposée auprès de la Confédération. Mais comme en 1948, les autorités fédérales firent capoter l’affaire. Faute de justificatifs de paiement suffisants, la transaction fut suspendue. On déchargea les caisses et Lippe fut remboursé.

Qui était vraiment Leo Lippe?

Si Leo Lippe exerçait effectivement dans le milieu du cinéma, il n’était pas un «magnat» de l’industrie hollywoodienne, mais un caméraman accrédité spécialisé dans les effets spéciaux. Né dans le Bronx à New York, Lippe avait semble-t-il très vite quitté l’école, ce qui lui valut des difficultés en lecture et en écriture tout au long de sa vie. Sa réalisation la plus notable dans le cinéma hollywoodien est la scène d’ouverture du drame Crime Without Passion, sorti en 1934. La séquence surréaliste mettant en scène trois Furies surgissant du sang de femmes assassinées pour répandre le malheur a été filmée par Lippe, tandis que le célèbre cinéaste américain Slavko Vorkapic en assura la mise en scène. Mais comment un caméraman en est-il venu à acquérir des armes pour plusieurs millions dans l’Europe des années 1950?

Bien loin de la Californie et de son univers cinématographique, la réponse se trouve en plein cœur de Washington D.C., où la Central Intelligence Agency (CIA) eut son siège jusqu’en 1959. Leo Lippe avait été engagé par le service de renseignement extérieur des États-Unis pour acheter en Europe d’importants stocks d’armes de la Seconde Guerre mondiale. La CIA comptait les utiliser pour armer les forces anticommunistes, principalement en Asie. Lippe fut ainsi envoyé à Genève, où il séjourna dans une suite d’hôtel et se mit dans la peau d’un magnat hollywoodien. Les fonds utilisés provenaient de la CIA et avaient été virés sur le compte d’une banque genevoise. Lippe n’y connaissant rien aux armes, il s’était vu adjoindre un expert, un jeune homme de 24 ans originaire de Philadelphie du nom de Samuel «Sam» Cummings. Collectionneur d’armes passionné depuis sa jeunesse, Cummings était chargé de parcourir l’Europe à la recherche de stocks d’armes et d’en négocier l’acquisition, tandis que Lippe sollicitait les fonds à Washington et accusait réception des paiements. Selon un entretien accordé par Cummings dans les années 1990, des achats d’armes d’une valeur de 100 millions de dollars auraient été réalisés entre 1951 et 1952. Les agents de la CIA jouèrent toutefois de malchance à Soleure.

Si Leo Lippe disparut dans les méandres de l’histoire après 1952, Samuel Cummings tira pleinement parti de cette expérience. Il fonda l’entreprise de commerce d’armement International Armament Corporation (Interarmco) en 1953, quitta la CIA, bâtit un empire dans le commerce d’armes et devint l’un des plus grands marchands d’armes privés au monde. Jusqu’à sa mort, Cummings partagea sa vie entre Monaco et Villars-sur-Ollon, dans le canton de Vaud, avec son épouse originaire d’Obwald et leurs deux filles.

Le sort du stock d’armes produites à Soleure fut scellé lors de sa destruction à l’aciérie de Gerlafingen en 1961.

musée national suisse

lundi 3 août 2026

Le courage des carmélites de Compiègne

 




BLESSED CHARLOTTE OF THE RESURRECTION

Vitrail représentant le martyr

Les carmélites martyres de Compiègne, ont été guillotinées le 17 juillet 1794, à la fin de la "Grande Terreur", terrible période de la Révolution française. Elles ont été béatifiées en 1906 et canonisées par le pape François en 2024.

L'écrivain Georges Bernanos magnifie leur sacrifice dans son œuvre Dialogues des Carmélites, précédé par Gertrud von Le Fort qui le racontait dans La dernière à l’échafaud. Nous sommes en 1792, au cœur de la Révolution française. Les ordres religieux contemplatifs sont menacés de mort. Les carmélites de Compiègne, mises en péril par les révolutionnaires, sont expulsées de leur couvent en septembre.

Jusqu'à leur mort, près de deux ans plus tard, elles réciteront quotidiennement un acte de consécration à l'intention de l'Église et de la France. Mère Thérèse de saint-Augustin, prieure de la communauté, en a en effet reçu l'inspiration "pour que cette divine Paix que son cher Fils était venu apporter au monde fût rendue à l’Église et à l’État". Bien que n'habitant plus en communauté (elles étaient hébergées dans des maisons voisines), les sœurs prient à cette intention jusqu'à leur mort.

Des pistes de danse à l'échafaud

Parmi les religieuses, bienheureuse Charlotte. Elle est entrée au carmel de Compiègne à l'âge de 21 ans après une jeunesse agitée. Orpheline de père, elle avait mal vécu le remariage de sa mère et se soustrayait à l'autorité familiale à travers les loisirs. On dit qu'elle aimait la danse de façon démesurée. Une fois entrée au carmel, elle met du temps à prononcer ses vœux définitifs, ce qui montre un cheminement spirituel compliqué qui ne l'empêche pas de s'investir dans ses différentes fonctions d'infirmière puis de peintre du couvent.

Au début de la Révolution, elle a 74 ans. Doyenne du couvent, elle doit marcher avec une béquille. Le 23 juin 1794, au moment de la Grande Terreur, elle est arrêtée avec ses sœurs. Elles sont jugées à la hâte, condamnées puis guillotinées le 17 juillet 1794 sur l'actuelle place de la Nation.



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samedi 18 juillet 2026

Le pèlerinage des motards nantais, un rendez-vous qui carbure à la fraternité

 


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Les motards nantais reprennent la route de la sixième édition de leur pèlerinage ce 13 juin. Olivier Huc, co-organisateur de l’événement, partage auprès d'Aleteia les rouages de ce rendez-vous devenu incontournable pour de nombreux passionnés de deux-roues et fidèles de la région. Un pèlerinage où chacun peut se retrouver dans le partage, le recueillement et la convivialité.

Des dizaines de motards, de belles bécanes et des kilomètres parcourus dans la foi et la bonne humeur ! Ce 13 juin, les motards nantais reprennent la route pour la sixième édition de leur pèlerinage "Pele des Motards des Paroisses de Nantes", un rendez-vous incontournable pour de nombreux passionnés de deux-roues et fidèles de la région. À l’origine de l’événement, une rencontre anodine entre Olivier Huc et le père Loïc Le Huen. "On s’est retrouvés à la cure et, en sortant, j’ai aperçu son side-car sous le porche. Je lui ai lancé : “Tiens, tu fais de la moto ?”, il m’a répondu : “Bah ouais.” Je lui ai dit : “Il faudra aller faire une virée un jour.” Quelques jours plus tard, j’apprenais presque par hasard que j’étais missionné pour organiser un pèlerinage de motards", raconte Olivier Huc à Aleteia. Depuis, l’initiative a largement dépassé le cercle de ses débuts. D’année en année, le pèlerinage attire de nouveaux participants, parfois éloignés des pratiques religieuses. "L’objectif, c’est de faire venir auprès du Bon Dieu des gars qui ne seraient pas nécessairement tous des piliers de l’Église", explique le co-organisateur.

Figure centrale du pèlerinage, le père Loïc Le Huen participe à chaque édition sur sa propre moto, reconnaissable à la grande croix fixée à son side-car. Sa présence sur la route incarne l’esprit de l’événement : proximité, simplicité et accessibilité. Il est surnommé avec humour par Olivier Huc le "curé iPad", en référence à ses homélies lues sur tablette. Très présent sur les réseaux sociaux, il anime une communauté active et incarne une manière moderne et connectée de vivre le ministère.

Entre spiritualité et moments de partage

Comme les années précédentes, le départ est donné devant l’église Saint-Nicolas ou celle de Saint-Donatien, après la bénédiction des motos. Les participants prennent ensuite la direction des routes départementales pour une journée ponctuée d’étapes culturelles, de temps d’échange et de recueillement.

Pour cette sixième édition, le thème retenu est celui de la Résistance. Le parcours conduit les participants dans le nord de la Loire-Atlantique, autour de Châteaubriant, avec notamment une étape à la Carrière des Fusillés, lieu de mémoire où furent exécutés 27 otages en 1941. Une halte symbolique qui donnera une dimension particulière à cette journée. Au-delà du trajet, les organisateurs souhaitent faire de ce rendez-vous un moment de réflexion et de partage. "Sur une moto, on prend le temps de contempler et de prier en silence", confie Olivier Huc. Une manière différente de vivre sa foi, dans un cadre qui favorise autant les rencontres que l’introspection.

Et comme l’esprit du pèlerinage repose avant tout sur la convivialité et l’envie de vivre un moment collectif hors du quotidien, l’événement se veut ouvert à tous : motards expérimentés, amateurs, croyants pratiquants ou simples curieux. "On dit souvent : ‘partir marcheur et revenir pèlerin’. Avec la moto, c’est un peu pareil : on part motard, mais peut-être qu’on peut revenir saint", sourit le co-organisateur.

Une sixième édition qui s’annonce donc comme un temps fort pour la communauté chrétienne nantaise et pour tous les amateurs de deux-roues attachés à cet esprit de rencontre !


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À l’occasion de la venue de Léon XIV

  Crédit : Lilian Cazabet / Hans Lucas via AFP À l’occasion de la venue de Léon XIV à Lourdes fin septembre, l’intégralité des mosaïques de ...